10 décembre 2010
- Article grand public
Barreau de Guadeloupe : La grève des avocats provoque la paralysie des juridictions in France Antilles
Correctionnelle, prud'hommes ou assises, plus aucune audience ne devrait se tenir jusqu'à lundi matin, au moins. En cause : le durcissement du mouvement de grève observé depuis hier par les avocats du barreau de la Guadeloupe.
Blocage par des avocats du tribunal de grande instance (TGI) de Pointe-à-Pitre d'un côté, mise en sommeil, de l'autre, du procès en cour d'assises, à Basse-Terre, dans lequel devaient être jugés les deux meurtriers présumés de Sandra Martial (lire notre édition d'hier).
Hier matin, les « robes noires » du barreau de Guadeloupe ont vu rouge. Dans leur collimateur : un incident survenu la veille et qui aurait opposé Me Durimel à une juge des affaires familiales, en poste à Basse-Terre. Cette dernière est soupçonnée par les avocats du barreau d'avoir empêché leur confrère de plaider. Et, par conséquent, d'avoir « violé le principe du contradictoire. » Il n'en a guère fallu plus pour que la profession se réunisse dès lundi soir autour du bâtonnier Charles Nicolas, avant de décider un mouvement de grève générale.
Trop plein
« Il ne s'agit en aucun cas d'une affaire « Durimel » , mais de l'incident de trop. De la petite goutte d'eau qui a fait déborder la vase » , tenait à préciser une des avocates grévistes présente dans le palais de justice implantée dans la ville-préfecture. Et de le prouver en présentant la motion rédigée par le barreau. Pêle-mêle, la profession dénonce « les attaques incessantes et le manque de considération manifesté à son égard » par certains magistrats du siège ou du parquet, « l'absence de mesures de sécurité prises pour favoriser l'accès des avocats au palais, ce qui a conduit à l'agression de l'un d'eux » ou encore « l'insécurité procédurale née de changements des règles et usages sans concertation préalable » des avocats. Comme si cela ne suffisait pas encore, le barreau pointe, pour expliquer son ras-le-bol, « l'exclusion des avocats des greffes » , « l'absence de moyens décents pour l'exercice des droits de la défense, notamment la non-communication des pièces pénales en temps et en heure par le parquet, en violation de ses engagements » et, « d'une manière générale, le mépris trop souvent affiché à l'égard de l'avocat partenaire de la justice. »
Alors, vraie colère ou simple mouvement d'humeur réglable en quelques heures ? Jusqu'en fin de matinée, le premier président de la cour d'appel, le président de la cour d'assises mais aussi l'avocat général Camille Tardo-Dino ont voulu croire à la deuxième option. Histoire de sauver le procès d'assises et éviter le renvoi à l'année prochaine, ils n'ont pas hésité à multiplier les échanges, tractations et négociations avec une délégation emmenée par le bâtonnier Nicolas.
Souffle sur les braises
Si l'avocat général concédait devant les médias présents qu'il était nécessaire « d'établir un dialogue étroit et quotidien » entre magistrats du siège, du parquet et avocats, le premier président de la cour d'appel tentait de son côté de trouver un terrain de conciliation. Il aurait ainsi, selon un avocat en grève, répondu à une demande de la profession, « en donnant un accord de principe pour installer des cellules de concertation entre magistrats et avocats afin de régler les conflits. La première est prévue pour se réunir une fois par trimestre, afin de faire un point général sur ce qui va et ne va pas. La seconde, dite d'urgence, devrait permettre de débattre de problèmes à régler rapidement. »
À vrai dire, ces tentatives d'apaisement étaient sur le point d'aboutir, tant la profession semblait divisée, à la pause déjeuner, sur les suites à donner au conflit. C'était sans compter sur la sortie surprise de la présidente du tribunal de grande instance de Basse-Terre, qui a cru pertinent de jouer sa petite partition en s'exprimant sur les ondes de nos confrères de RCI.
Démentant totalement les accusations soulevées par les avocats, assurant que le cas Durimel relevait d'un non-incident, cette magistrate n'a pas fait que prendre la défense d'une juge des affaires familiales. Elle semble surtout avoir soufflé sur des braises déjà chaudes! En annonçant le durcissement du mouvement de grève et le prolongement de l'action jusqu'à mardi, le bâtonnier Nicolas ne s'en est pas caché : « Les déclarations qui ont été faites à 13 heures et qui ont rendu public une motion des magistrats du TGI de Basse Terre, nous ont énormément surpris. Cette motion, à mon sens, ne faisait rien pour apaiser les débats. Elle les dénaturait d'ailleurs. Nous, nous ne sommes pas dans cette logique-là. »
Logiquement, une nouvelle rencontre programmée entre le premier président de la cour d'appel et une délégation d'avocats doit se tenir lundi matin. Après ? Ce sera... mardi et l'appel à la grève générale lancée par le LKP. « Un pur hasard » , assurait Me Sarah Aristide.
Lire l'article dans sa version originale :
http://www.guadeloupe.franceantilles.fr/actualite/faitsdivers/la-greve-des-avocats-provoque-la-paralysie-des-juridictions-09-12-2010-105017.php
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